La Métamorphose de l'Esprit

Manas
Thich Nhat Hanh, Pour une Métamorphose de l’esprit
Cinquante stances sur la nature de l’esprit

Les stances seize à vingt-deux concernent la septième conscience, manas. La relation entre manas et la conscience du tréfonds est très subtile. Manas prend appui sur la conscience du tréfonds et se saisit d'une petite partie de celle-ci comme d'un objet d'attraction. Elle considère cette partie de la conscience du tréfonds comme une entité séparée, un « soi » auquel elle s'agrippe fermement. Manas s'attache à la conscience du tréfonds, tout comme un petit enfant s'accroche aux jupes de sa mère et l'empêche de marcher naturellement. De la même manière, manas empêche le fonctionnement de la conscience du tréfonds et entrave la transformation des graines.
   De même que la force de gravitation de la terre sur la lune produit la marée montante, la saisie de manas sur la conscience du tréfonds est l'énergie qui produit la manifestation des graines en tant que formations mentales dans notre conscience mentale. Nos énergies d'habitude, nos illusions et notre avidité vont générer une source d'énergie considérable qui conditionne nos actions, nos paroles et nos pensées. Cette énergie est manas. La fonction de manas est de penser, mesurer, conserver et saisir.
   Tout comme la conscience du tréfonds, la nature de manas est continue. Elle ne s'arrête jamais, de jour comme de nuit. Nous avons déjà parlé des trois modes de perception. La première est directe, la seconde par déduction, qui peut être juste ou fausse, et la troisième est erronée. Le mode de perception de manas est toujours le troisième mode, celui de la perception erronée. Sachant que la perception erronée de manas, particulièrement sa saisie du « soi », cause beaucoup de souffrance, il est important de comprendre le rôle de manas dans la création et le maintien des perceptions erronées.

Stance # 16 Graines d'ignorance
Des semences d'ignorance
Naissent les formations internes d'avidité et les afflictions
Qui obscurcissent notre conscience
Au moment où corps et esprit se manifestent.

     Nous savons que notre conscience du tréfonds se manifeste dans le monde, que ce soit dans le monde instrumental (l'environnement) ou dans le monde sensible (nous-même et les autres êtres vivants). Notre corps est une manifestation de notre conscience du tréfonds. L'esprit/corps ou « nom et forme » (namarupa) se manifeste à travers notre conscience du tréfonds. Mais quand manas, la septième conscience, est impliquée, les graines d'ignorance dans notre conscience du tréfonds peuvent se manifester en tant que formations mentales et il en résulte de la souffrance.
   Vous vous souviendrez peut-être que l'un des noms donnés à la conscience du tréfonds est « réceptacle d'attachement au soi ». C'est lié à manas. Manas est l'énergie de l'ignorance, du désir et de l'avidité. Elle vient de la conscience du tréfonds et y retourne pour en saisir une partie. Au chapitre huit, nous avons discuté des deux modes de perception de la conscience du tréfonds. La partie de la conscience du tréfonds que manas essaie de saisir est l'aspect qui voit, le sujet qui perçoit. À ce stade, manas et la conscience du tréfonds sont toutes deux actives, de sorte qu'un objet de saisie de manas est produit.
   Manas se saisit de l'image qu'elle a créée et s'y accroche comme objet. Cette partie de la conscience du tréfonds qui est saisie par manas perd sa liberté. Notre esprit est asservi quand il est saisi comme étant le « moi » par manas. Manas s'accroche fermement à son objet d'attraction comme si elle disait : « Tu es à moi. » C'est une sorte d'histoire d'amour. En fait, manas est décrit comme l'amour du « soi ». C'est réellement l'attachement au soi. Manas est « celui qui aime », la conscience du tréfonds est « l'objet aimé », la nature de leur amour est l'attachement - et la souffrance le résultat.
    La sixième conscience, la conscience mentale, prend appui sur manas. La conscience mentale peut fonctionner indépendamment ou avec les cinq premières consciences sensorielles des yeux, des oreilles, du nez, de la langue et du corps. Manas nous sert aussi d'« instinct de survie ». Si pendant notre sommeil, nous sommes réveillé par un bruit soudain, cela vient de manas. Si quelqu'un nous lance quelque chose à la figure, nous avons le réflexe de l'éviter et cela vient aussi de manas. Ce fonctionnement de manas est un mécanisme de défense instinctif qui ne repose pas sur la sagesse. Mais à trop vouloir défendre le soi, manas peut finir par le détruire.

   L'activité de manas est de penser, de connaître, de mesurer, de raisonner, de saisir et de s'accrocher. Jour et nuit, manas passe son temps à cogiter : «Je suis cette personne. Tu es cette personne. C'est à moi. C'est à toi. C'est moi. C'est toi. » La fierté, la colère, la peur, la jalousie - les formations mentales qui reposent sur une vision séparée de soi-même - viennent toutes de manas. Manas étant pleine d'ignorance - d'avidité, de peur et d'attachement - elle n'a pas la capacité de toucher le monde des choses en soi. Elle ne peut jamais toucher le monde de l'ainsité de la conscience du tréfonds. Son objet est l'image d'un soi qui n'existe que dans le monde des représentations. L'attachement de manas au moi repose sur une image qu'elle a créée, tout comme nous tombons amoureux de l'image d'une personne et non de la personne elle-même.
      De par le contact entre les six bases des sens et les six objets des sens, des graines d'attachement, de saisie, de colère, de haine et de désespoir, etc. peuvent être plantées. Ces graines peuvent pousser et se renforcer si ce contact perdure. On parle dans ce cas de formations internes (samyojana), de liens ou d'entraves. Ces formations internes ont le pouvoir de lier, d'inciter et d'entraîner. Elles nous privent de notre liberté et de notre bien-être. Le fait que ces graines soient plantées et que ces nœuds soient formés a lieu quand il n'y a pas de pleine conscience et de vision profonde.
    Les formations internes ne sont pas toujours désagréables. Quand nous tombons amoureux, les graines d'une formation agréable sont plantées dans notre corps et notre esprit. Chaque fois que nous avons un moment de libre, nous voulons voir notre bien-aimée. Dès que nous prenons la voiture, même si nous n'avons pas l'intention d'aller la voir, nous nous retrouvons en train de rouler dans sa direction. C'est comme si nous ne pouvions pas nous en empêcher. Ce qui nous pousse, c'est la force de nos formations mentales, la graine du désir empreint d'attachement. L'attachement signifie s'accrocher, s'agripper de toutes ses forces. Quand on touche de l'encre rouge, nos doigts deviennent rouges. Si nous sommes tout le temps en contact avec des personnes pleines d'avidité, de haine, d'illusions et de préjugés, certaines de ces caractéristiques vont déteindre sur nous et notre conscience va en être « imprégnée ». Qu'elles soient douces ou amères, toutes les formations mentales sont des blocs de souffrance dans notre conscience. Nos formations internes nous poussent à faire des choses qui ne sont pas utiles, pour nous et pour les autres, mais nous les faisons quand même. Nous sommes propulsé par une sorte d'énergie d'habitude, une sorte de dépendance.
     Nous avons dans notre conscience du tréfonds les graines de toutes sortes de formations internes. Ces nœuds d'ignorance, l'avidité et les afflictions qui sont en nous, sont des forces qui modèlent notre comportement et nous mènent dans la direction de la souffrance. Dans de nombreux textes bouddhiques, il est dit que ces forces sont des entraves (samyojana) parce qu'elles entravent notre capacité de trouver la paix, la joie et la liberté. La base de toute cette avidité et de toutes ces afflictions est l'ignorance, notre incapacité à voir les choses clairement. L'ignorance est le premier élément dans le cycle de la coproduction conditionnée. Notre manque de compréhension conduit aux actions volitionnelles, qui à leur tour nous conduisent dans la direction de la souffrance.
      Si vous regardez par exemple une personne alcoolique, vous verrez que chaque cellule de son corps, chaque désir et aspiration la poussent à boire de l'alcool. C'est une force volitionnelle, une énergie qui détermine la direction de sa vie. Nos formations internes nous poussent à vouloir certaines choses et à prendre une certaine direction. Même si nous essayons d'aller dans une autre direction, les forces aveugles qui nous poussent sont très fortes. Elles reposent sur l'ignorance et les impulsions volitionnelles qui sont profondément ancrées dans notre conscience du tréfonds et se manifestent dans notre esprit/corps. Avec la pratique de la méditation et du regard profond, nous pouvons identifier et toucher les blocs d'ignorance, d'avidité et les autres afflictions dans notre conscience du tréfonds, et faire l'effort juste pour ne plus aller dans cette direction.

Nos dix prochaines activités :

22 Mai 2019 - 19:00 : Méditation du mercredi
23 Mai 2019 - 12:00 : Méditation du jeudi midi
23 Mai 2019 - 16:30 : Retraite printanière - Mai 2019
23 Mai 2019 - 19:00 : Thursday evening meditation
27 Mai 2019 - 13:00 : Méditation du lundi PM
27 Mai 2019 - 19:00 : Méditation du lundi
28 Mai 2019 - 10:00 : Tai-Chi en Pleine Conscience
29 Mai 2019 - 19:00 : Méditation du mercredi
Chaque fois que vous avez besoin de ralentir et de revenir à vous-mêmes, il est inutile de vous précipiter chez vous ou à votre centre de méditation pour pratiquer la respiration consciente. Vous pouvez le faire au lieu même où vous vous trouvez, dans votre fauteuil au bureau ou au volant de votre voiture. Si ce lieu est un centre commercial plein de monde ou la file d’attente dans une banque, peu importe: dès l’instant où vous vous sentez épuisé et éprouvez le besoin de vous recentrer, vous pouvez pratiquer la respiration consciente, debout, à cet endroit même. Où que vous soyez, vous pouvez respirer avec attention. Nous avons tous besoin de nous retrouver de temps à autre, pour mieux affronter les difficultés de la vie. Et cela est faisable dans n’importe quelle position –debout, assis, couché, en marchant.
- Thich Nhat Hanh
La Sérénité de l’Instant, Dangles, 1992